Hypertension artérielle chez l'adulte africain : nouvelle approche thérapeutique 2025

Hypertension artérielle chez l'adulte africain : nouvelle approche thérapeutique 2025

1. Épidémiologie L'hypertension artérielle (HTA) est la maladie chronique la plus répandue en Afrique subsaharienne. Selon la dernière enquête STEPS de l'OMS (2024), la prévalence atteint 48,7 % chez les adultes de 25 à 64 ans — contre 33 % en Europe. Le taux de contrôle tensionnel (PA < 140/90 mmHg sous traitement) reste désespérément bas : 11 % dans la région CEDEAO, contre 40 % en Europe.

2. Étiologie et physiopathologie Les particularités physiopathologiques de l'HTA dans les populations d'origine africaine sont bien documentées :

  • Rétention sodée prédominante : volume-dépendance marquée, rénine basse
  • Vasomotricité exacerbée : réactivité vasculaire sympathique augmentée
  • Polymorphismes génétiques des récepteurs de l'angiotensine et de l'aldostérone influençant la réponse thérapeutique

3. Signes cliniques

3.1 Présentation typique L'HTA est asymptomatique dans 70 % des cas jusqu'aux complications. Dépistage opportuniste impératif à chaque contact médical. Cibles tensionnelles OMS 2025 : < 130/80 mmHg pour tous les adultes à haut risque CV.

3.2 Complications fréquentes en contexte africain

  • AVC hémorragique : 3× plus fréquent qu'en populations caucasiennes
  • Insuffisance rénale chronique hypertensive (IRCH) : première cause d'hémodialyse en Afrique de l'Ouest
  • Hypertrophie ventriculaire gauche (HVG) : détectable à l'ECG (indice de Sokolov-Lyon > 35 mm)
  • Rétinopathie hypertensive : à rechercher systématiquement au fond d'œil

4. Diagnostic

4.1 Critères diagnostiques

  • PA ≥ 140/90 mmHg à 2 mesures distinctes (brassard homologué, patient au repos 5 min)
  • MAPA recommandée si suspicion d'HTA blouse blanche ou HTA masquée
  • Bilan de retentissement systématique : créatininémie + DFG, microalbuminurie, fond d'œil, ECG

5. Prise en charge thérapeutique

5.1 Traitement de première intention — Algorithme ISHIB 2025 Les recommandations de la Société Internationale pour l'Hypertension chez les Noirs (ISHIB), confirmées par la Société Africaine de Cardiologie (AFCS 2025), préconisent :

Étape 1 (PA 130–159/80–99 mmHg) : Association préférentielle : Amlodipine 5–10 mg + Hydrochlorothiazide 12,5–25 mg → Efficacité supérieure prouvée vs. IEC/ARAII en monothérapie dans les populations à rénine basse

Étape 2 (PA ≥ 160/100 ou non contrôlée à l'étape 1) : Triple association : Amlodipine + Hydrochlorothiazide + Perindopril/Losartan

Étape 3 (HTA résistante) : Ajouter spironolactone 25–50 mg (très efficace en cas de volume-dépendance)

5.2 Cas particuliers

  • HTA + grossesse : méthyldopa 250–500 mg × 3/j (1re intention), labétalol IV en urgence
  • HTA + insuffisance rénale : éviter les diurétiques thiazidiques si DFG < 30 ml/min
  • HTA + drépanocytose : hydroxyurée peut majorer l'hypo-TA — surveillance étroite

6. Prévention

  • Réduction sodée : objectif < 5 g NaCl/jour (réduction PA de 5–10 mmHg en moyenne)
  • Activité physique : 150 min/semaine d'endurance modérée
  • Contrôle pondéral : chaque kg perdu réduit la PA de ~1 mmHg
  • Arrêt tabac et alcool

7. Contexte en Afrique de l'Ouest Le couple amlodipine + hydrochlorothiazide est disponible en générique dans la grande majorité des pharmacies de la CEDEAO à un coût mensuel < 2 000 FCFA — ce qui en fait l'association la plus accessible et la plus efficace pour nos populations.

8. Sources et date de mise à jour Mise à jour : mai 2026

  • AFCS/ISHIB. African Hypertension Clinical Guidelines 2025.
  • OMS. WHO STEPS Cardiovascular Survey, Africa Region. 2024.
  • Williams B et al. ESC/ESH Guidelines for arterial hypertension. 2024 update.